Trigger warning
Torture et maltraitance
Une bonne grosse dose de caféine plus tard, Zwen et Mélusine étaient sortis du manoir. Le démon semblait toujours aussi fatigué, mais plutôt content de l’accompagner à l’extérieur.
Une fois dehors, Mélusine se sentit un peu plus libre. Elle se retint de presser le pas pour éloigner Zwen de cet endroit où il était si mal traité.
Elle avait envie de prendre soin de lui, le materner mais ce n’était sans doute pas une très bonne idée de l’infantiliser ainsi. C’était un homme adulte, pire, un démon vieux de plusieurs siècles ! Peut-être que juste parler avec lui et essayer de le connaître pourrait l’aider.
– Est-ce qu’il y a des endroits où tu aimes aller en général ?
Il sembla très surpris de cette question mais hocha la tête.
– Oui… A l’extérieur, j’aime bien le cimetière…. Au pays gris, j’aime bien la forêt… Pourquoi ?
Mélusine haussa les épaules.
– Eh bien je me disais qu’on pourrait aller à ces endroits et faire des choses que tu aimes. Tu ne m’as pas l’air de penser beaucoup à toi et depuis que je suis arrivée tu fais tout pour satisfaire tout le monde.
– C’est.. C’est normal, c’est mon travail. Je… Je vis pour servir mes Maîtres… Sans ça… Je ne sais pas ce que je serais…
Mélusine fit la moue.
– Je sais, je sais…. même si je ne cautionne pas beaucoup ce genre de relation… je suis bien obligée de m’y plier, je ne suis qu’une invitée.
Et ce n’était même pas son monde. Enfin, même là où elle vivait la plupart du temps ce n’était pas son monde.
– Mais tu n’es pas obligé quand tu sors avec moi. Au contraire, ça me ferais très plaisir si tu étais un peu plus… toi même. Je ne dirais rien à tes maîtres, promis.
– Mais… … C’est… Moi-même…, souffla Zwen, perturbé.
Aussi loin qu’il se souvienne, il avait toujours strictement obéis à des ordres, avec peu de relations extérieures, ou si courtes qu’il se souvenait à peine d’elles… En fait, certains jours, c’était à peine s’il se souvenait de son propre nom.
Mélusine réfléchit et releva les yeux vers lui.
– Alors dans ce cas là, il y a beaucoup de choses à découvrir !
Elle avait un petit sourire bienveillant.
– Alors, est-ce que ça te dirait de se promener en cherchant ce que tu aimes, ce que tu n’aimes pas… en discutant en somme ? Tu peux refuser, bien sûr.
Elle réfléchit et ajouta :
– Tu peux aussi me poser n’importe quelle question si tu le souhaites.
Après tout, même les questions qu’il pouvait poser étaient des indices de ce qui l’intéressait en général.
Le démon sembla perdu. Il voulait bien essayer, mais ça semblait presque insurmontable. Il regardait un peu partout autours de lui, nerveux, sans trouver quoi poser comme question… Puis, il se tourna vers elle alors qu’ils venaient juste de passer l’arche.
– Ma couleur préférée, je la connais ! C’est le vert. Quelle est la votre ?
Mélusine sourit.
– J’adore le rouge.
Elle eut un petit rire.
– Le vert et le rouge… ça fait très noël… Tu as un plat préféré ?
– Non… je ne mange pas beaucoup et je rate tout ce que je cuisine… C’est comment Noël chez les humains ? Je n’ai pas le droit de sortir en hiver.
Mélusine réfléchit, l’air un peu mélancolique.
– C’est surtout l’occasion de voir de la famille. On met des décorations très kitch, avec des guirlandes et tout et il y a un véritable festin. Et puis il y a les cadeaux qu’on s’échange. Enfin… c’est comme ça que je le fêtais. Après ça dépend des cultures… Pourquoi tu n’as pas le droit de sortir en hiver ?
– Mon Maître dit que le monde a assez de problèmes sans moi pour gâcher les fêtes…. Vous avez déjà vu de la neige ?
Il enchaînait avec seulement quelques hésitations, mais il écoutait les réponses avec beaucoup d’attention.
Mélusine fronça les sourcils. Pourquoi toujours le descendre de la sorte ?
– Oui, j’en ai déjà vu. A chaque hiver ou presque.
Elle pencha la tête sur le côté, hésitante.
– Pourquoi ton Maitre te maltraite autant ? Tu as fait quoi pour mériter ça ?
– Parce que… je suis maladroit et je fais beaucoup de bêtises… Je lui cause des problèmes alors il me punit… C’est normal…
Mélusine fit la moue.
– De là à se défouler de la sorte ? Personne ne mérite de se faire frapper ou quoi que ce soit dans ce genre juste pour avoir… cassé un verre, par exemple.
Elle soupira et se répéta, plus pour elle même.
– Enfin… ce ne sont pas mes règles…
La jeune femme reprit contenance et leva les yeux vers lui.
– Il y a quelque chose en particulier que tu aimerais voir ? ou juste savoir ?
– J’aimerais bien savoir… A quoi ça ressemble la neige ? Mon ami Zero m’a écrit que c’est comme de la terre blanche qui devient de l’eau… Il vit très loin, chez lui il neige toujours.
Mélusine réfléchit.
– Ce n’est pas vraiment de la terre, mais oui, c’est de l’eau à la base… C’est très froid…
Puis elle eut une idée.
– Je sais ! Je vais fabriquer une machine à neige !
Enthousiaste, elle l’attrapa par la manche pour presser le pas.
– Viens, il va falloir quelques petites affaires pour ça, mais ça ne sera pas très compliqué et assez rapide à faire.
Le démon suivit, surpris, mais ne pu s’empêcher de sourire. Elle était si enthousiaste et heureuse tout d’un coup, c’est que c’était bien de lui en avoir parlé ! … enfin… Il espérait.
Mélusine l’attira jusqu’au bord de la ville. Elle ralentit et demanda :
– Ça ira pour se promener là bas ?
Zwen se rendit compte qu’en effet, il suivait sans précaution mais il se contenta de mettre sa capuche en place.
– Ça ira, sourit-il.
Mélusine lui répondit par un sourire également et s’engagea en ville.
– Alors c’est parti !
Elle avait repéré quelques boutiques la veille, mais ce qui l’intéressait, c’était la récupération, les objets d’occasion qui ne fonctionnaient pas forcément. De toute façon elle allait les démonter. Elle en profita pour prendre un réveil au passage. Une fois avec suffisamment de pièces et quelques bouteilles d’eau, elle jugea qu’il était temps de passer à l’étape suivante.
– Bon, maintenant, il nous faudrait un endroit calme avec de la place pour construire tout ça.
– Eh bien… Le cimetière ? proposa Zwen, ne connaissant pas d’endroit plus calme. Ça ne dérangera personne… Les morts sont toujours contents d’avoir de la compagnie.
Mélusine haussa un sourcil.
– Tu peux parler aux morts ? C’est plutôt cool ça !
Elle avança, joyeuse.
– Alors allons-y.
Zwen suivit, soulagé. D’habitude les gens ne réagissaient pas comme ça en comprenant qu’il était nécromant.
– Normalement la nécromancie est interdite, expliqua-t-il plus loin. Si un mage apprend que son élève le découvre, il doit le tuer. Personnellement, c’est… C’est quoi le mot… Inné ? … Chez moi. Et on ne peut pas me tuer. Mais il vaut mieux éviter d’aborder le sujet avec d’autres surnaturels que les amis de mes Maîtres…
Mélusine hocha la tête.
– D’accord, je ne dirai rien. C’est pour ça qu’ils se comportent comme ça avec toi ? Lui et Tonnerre ?
– Non. A vrai dire… je ne sais pas ce que j’ai fait. Parfois, je me rappelle de mon enfance… Je revois Erion me manger et mon Maître fâché que ça ne me tue pas… Mais je ne pense pas que ce soit ça mon erreur… Enfin peut-être, mais je n’y peux rien si je ne peux pas mourir… J’ai déjà essayé, je voulais lui faire plaisir, mais ça n’a pas marché.
Mélusine écarquilla les yeux en l’écoutant et blêmit. Sans réfléchir, elle posa ce qu’elle avait en main et le prit dans ses bras.
– C’est vraiment terrible… souffla t-elle.
Le démon resta interdit, surpris par cet élan d’affection. On ne devait pas lui en faire souvent. Il resta les bras ballant, sans savoir comment réagir.
– Je ne vois pas ce qui est.. Terrible ? J’ai fait quelque chose de mal ?
Elle eut un petit rire un peu amer.
– Non. Pas du tout. Tu n’as rien fait de mal.
Et s’écarta finalement pour lui sourire doucement.
– Allons faire de la neige.