14 – Petit Déjeuner

Le matin s’était levé dans le monde humain, ce qui ne changeait absolument rien au pays gris car, justement, le ciel était constamment gris. Parfois un peu plus clair ou foncé, mais rien n’aide à se repérer dans la journée. Il était 8h30 très exactement lorsque Mélusine entendit de faibles coups frappés dans son sommeil.

Dans son rêve, toujours le même, elle cherchait quelque chose. Peut-être quelqu’un. Peut-être elle. Non. Elle ne savait pas. Elle cherchait. Elle ne faisait que chercher depuis… Depuis… Et puis on toqua. Ça venait d’une porte. Peut-être que c’était ce qu’elle cherchait. Son esprit l’informa que non, ce n’était pas ça. Et puis elle se réveilla. Elle n’était pas très sûre que ça ait réellement toqué, dans le doute, elle se leva tout de même pour aller ouvrir. Elle portait un débardeur fin et un short court en guise de pyjama, ses longs cheveux déjà très bouclés en temps normal avaient visiblement profité de leur liberté de la nuit pour faire ce qu’ils voulaient et, pour conclure, sa joue gardait encore le souvenir de l’oreiller en une belle marque bien distincte.

Elle découvrit Zwen, déjà habillé et sans doute réveillé depuis longtemps. Il s’inclina.

– Bonjour mademoiselle. Navré de vous réveiller, mais mes Maîtres vous proposent de les rejoindre pour le petit déjeuner.

Mélusine papillonna des yeux, les évènements de la veille lui revenant petit à petit. Elle détailla Zwen de la tête aux pieds, tentant de vérifier s’il allait bien.

– D’accord… merci…. Je m’habille et j’arrive.

Elle marqua un temps de pause et demanda finalement :

– Est-ce que tout va bien ? Hier, j’ai appris que tu… qu’ils t’avaient…

Elle continuait de chercher la moindre trace de blessure, inquiète, mais il n’en portait aucune. Pas la plus petite cicatrice ou coupure visible. Il semblait juste fatigué. En y regardant bien, il n’avait pas non plus de brûlure aux mains, bien qu’il ait tenu un chandelier presque chauffé à blanc la veille.

– Je vais bien, merci de vous en inquiéter. Et… J’ai mérité mon châtiment…

Mélusine ouvrit la bouche, la referma, fronça les sourcils, et finalement soupira en croisant les bras sous sa poitrine.

– Si tu le dis…

Se lancer dans ce genre de conversation dès le matin n’allait mener à rien. A une époque, ça aurait même pu lui provoquer des malaises de s’emporter sans rien dans le ventre, à peine réveillée. Mais ce n’était pas parce qu’elle tenait mieux le coup grâce aux implants qu’elle devait pour autant le faire. De toute façon, elle sera sans doute seule avec lui quand elle sortira. Elle en profitera pour lui poser quelques questions et essayer de l’aider. C’était plus fort qu’elle, il lui faisait trop de peine.

– Bon… je vais me préparer…

– Je vous attends devant la porte. Prenez votre temps, dit le démon, s’éloignant pour rejoindre le mur d’en face.

En temps normal, Mélusine lui aurait demandé de rentrer, de s’installer, et pas d’attendre bêtement comme ça. Après tout, elle se fichait de se changer devant d’autres personnes. Mais elle devait toujours cacher ses implants et visiblement, lui demander de se mettre à l’aise aurait plutôt l’effet inverse. Enfin… du coup c’était elle qui n’était pas très à l’aise. Elle fit la moue, souffla :

– Je fais vite.

Et referma la porte pour faire un brin de toilette, enfiler rapidement une robe, une paire de talons et discipliner ses cheveux. D’habitude, elle ne se pressait pas, mais là non. Elle n’aimait pas qu’on l’attende de la sorte. Lorsqu’elle sortit, elle demanda :

– Tu passes à une heure particulière le matin ?

– Huit heures trente, sauf ordre contraire… Vous pourrez me dire l’heure que vous préférez s’il y a le moindre souci, répondit-il en l’accompagnant vers la salle à manger.

Mélusine se nota mentalement de trouver un réveil et de le régler pour pouvoir se préparer tranquillement les prochains jours.

– Non, ça ira.

Elle se tut un moment et demanda :

– Je pense sortir un peu dans la journée, est-ce que tu m’accompagnes toujours quand je sors ou j’irais seule ?

– Tout dépend de si vous désirez ma présence ou non. Je n’ai aucun ordre prioritaire aujourd’hui…

Il s’efforça de se redresser pour être bien droit en entrant dans la salle à manger et s’agenouilla devant ses Maîtres pour annoncer l’entrée de Mélusine.

– Eh bien ça me ferait plaisir si tu venais, sourit-elle doucement.

Ils arrivèrent dans la salle à manger et Mélusine salua ses hôtes.

– Mélusine ! Alors, comment été votre première nuit ? s’enquit Phynia alors que le Maître saluait la demoiselle à son tour.

Mélusine sourit.

– Très reposante.

Elle avait dormi d’une traite, malgré ce seul et unique rêve qu’elle faisait depuis la perte d’une bonne partie de son âme. Elle avait l’habitude à présent. Elle s’installa et demanda poliment.

– Vous avez bien dormi ?

– Très bien, merci.

– Avez-vous des projets pour aujourd’hui ? demanda le Maître en laissant Zwen lui servir le petit déjeuner.

Mélusine avait l’habitude d’être seule le matin. Enfin. Seule avec son garde du corps et l’amant (ou les amants) de la nuit. Et parfois aussi la fille que son garde avait ramené pour la nuit. Enfin… après réflexion elle n’était pas si seule le matin… peut-être juste moins obligée de se montrer présentable et exemplaire.

– Je pensais visiter les alentours, sortir un peu, mais à vrai dire, je n’ai pas vraiment de projet précis.

A part chercher comment réparer son appareil…

– Et vous, que faites-vous en général ?

– Travail de diplomatie entre les mondes, répondit le Maître en buvant son café.

Il semblait bien moins du matin que les deux femmes.

– Pas grand-chose, surtout de la lecture… Ces derniers temps, je n’ai pas beaucoup d’activités, commenta Phynia.

Son époux lui prit la main, l’air de s’en vouloir. Il n’avait pas beaucoup de temps pour elle malheureusement.

Mélusine but une gorgée de café et se détendit. La journée ne commençait réellement qu’avec le café du matin.

– Il y-a-t’il une activité qui vous tenterait d’essayer en particulier? demanda-t-elle à Phynia.

Elle était pour découvrir de nouvelles choses, tester, sortir de sa zone de confort. C’était plutôt bon pour le moral d’avoir des activités variées et de s’intéresser à tout. Et puis elle était toujours pour pousser les gens à réaliser leurs rêves, la vie était trop courte pour hésiter… même si ça pouvait aussi s’appliquer aux immortels comme eux.

– Pas réellement… Mais quand vous aurez terminé votre balade, j’apprécierais que nous jouions ensemble, si cela vous intéresse, proposa-t-elle. Rien d’extravagant, une simple partie de cartes conviendra.

Mélusine hocha la tête en continuant de siroter son café.

– Ce serait avec plaisir.

Elle jouait beaucoup du temps où elle n’avait aucune idée des autres mondes. Jeux de plateaux, jeux de rôles, jeux vidéo. Une vraie geek. Et puis les mondes imaginaires dans lesquels elle se projetaient étaient devenus réels.

– Et nous pourrions continuer de discuter, si vous le souhaitez. Vous vouliez en apprendre plus sur mes voyages.

– Avec plaisir !

– Aurez-vous besoin que Zwen vous accompagne pour votre sortie ? demanda le Maître.

Mélusine se dit un moment que plus elle éloignait Zwen de son maître et moins il risquera d’être maltraité. Elle n’arrivait pas à déterminer si cette pensée était juste ou non. Dans un sens, Zwen était maltraité. Il fallait l’éloigner de là. C’était sa conscience qui le lui hurlait. Mais de l’autre…. il appartenait à la personne qui l’avait recueillie… c’était comme… un vol ? …. Hum… c’était une personne, pas un objet, mais la jeune femme se sentait tout de même tiraillée.

– Eh bien, si vous n’en avez pas besoin pour autre chose, je préfèrerais qu’il m’accompagne en effet.

– Ça ira, il n’aurait pas été bon à grand-chose aujourd’hui de toute façon… répondit-il alors que le démon était… littéralement à deux pas.

Mélusine se plongea dans sa tasse de café pour cacher son désaccord. Elle la termina et en redemanda une autre. La jeune femme avait tendance à boire un peu trop de café en général.

– Merci.

Il lui manquait quelque chose pour s’occuper les mains. Peut-être irait elle aussi dans les boutiques d’occasion récupérer des curiosités à bidouiller. De quoi expérimenter et inventer.

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