Mélusine se pencha un peu plus, pâle. La situation s’était améliorée ces dernières minutes et là, elle dégringolait soudainement. Elle avait espéré se tromper mais la réponse de Phynia ne faisait que confirmer ses doutes.
Quelqu’un était torturé à cet instant quelque part dans ce manoir.
– Je ne vous demande pas de tout me dire. Juste… hum… désolée…c’est juste que je n’aime vraiment pas la violence gratuite.
C’était au-delà de la violence gratuite, mais elle devait la jouer fine. D’ailleurs, elle ajouta avec un petit sourire désolé :
– Un réflexe de révolutionnaire.
– Il y a une chose que je peux vous assurer… À leurs yeux, il ne s’agit pas de violence gratuite.
Mélusine grimaça. C’était toujours justifié du côté des bourreaux. Toujours.
– D’accord. Donc, ils torturent quelqu’un… Je comprends beaucoup mieux pourquoi vous n’aimez vraiment pas quand Tonnerre vient.
La jeune femme avait l’impression de marcher sur des braises. Mais au moins, Phynia avait l’air de ne pas approuver ce genre de … pratique.
– Pour être tout à fait honnête… Même en son absence c’est courant.
Elle soupira, se disant que Mélusine devait déjà avoir une théorie. Ou qu’elle finirait par reconnaître la voix presque sanglotante dont on entendait que des tons d’ici.
– Même un simple retard est puni immédiatement.
Mélusine grimaça de nouveau. Elle s’en était douté, mais maintenant elle avait confirmation.
– Pourquoi votre mari et Tonnerre détestent-ils autant Zwen ?
– Ce sont des raisons très personnelles… Je ne tiens pas à en parler, répondit phynia, ne regardant plus Mélusine dans les yeux.
Des raisons très personnelles. Mélusine ne connaissait pas suffisamment ces personnes pour savoir si ce traitement était vraiment justifié. Elle n’avait pas très envie de leur chercher des excuses… mais elle devait également leur laisser le bénéfice du doute. L’inventrice n’était pas une sainte et ce serait hypocrite de sa part de condamner ce genre d’acte alors qu’elle avait elle-même infligé des traitements bien cruels à certains de ses ennemis.
Finalement, la jeune femme hocha la tête, respectueusement.
– D’accord. Je comprends.
Elle prit une grande inspiration pour se calmer et regarda autour d’elle. Elle était toujours crispée mais elle ne pouvait rien faire et sentait bien que Phynia n’était pas non plus à l’aise, ce qui, dans un sens, l’aidait à rester calme. Elle n’était pas seule dans cette situation.
– Bien… il n’y a pas moyen de mettre un peu de musique ou quelque chose ?
– La salle de musique est bien plus loin. Mais je pense qu’ils ont terminé, souffla la sorcière en entendant de joyeux aboiements en bas. Si vous souhaitez aller vous reposer dans votre chambre, vous pouvez. Je vais aller raccompagner notre invité.
Mélusine tourna la tête vers l’entrée de la bibliothèque et changea la couleur de ses cheveux. Ils étaient de nouveau bruns. Son regard se posa sur Phynia.
– Est-ce que ça va aller ?
Son hôtesse lui sourit calmement.
– Ne vous inquiétez pas pour moi. Ce n’est l’affaire que de quelques minutes.
Mélusine hocha la tête et se leva.
– J’espère quand même que ma compagnie vous a été agréable. Passez une bonne nuit.
Elle sortit et se retrouva dans le couloir. Elle n’avait pas très envie de revoir les deux autres. Pas maintenant. Elle était trop…dégoutée. Elle se rendit dans sa chambre en veillant à ce que ses talons ne claquent pas trop fort sur le plancher.
Une fois dans sa chambre, l’inventrice souffla et partit se laver en réfléchissant à cette journée très riche en émotions.
Des démons, des mages noirs, un dragonnier… rien de bien exceptionnel comparé à ce dont elle avait l’habitude, mais l’idée d’avoir cassé son appareil et d’être coincée ici ne lui plaisait pas. Mélusine détestait être coincée quelque part, à la merci de ses “bienfaiteurs”. Des bienfaiteurs qui torturaient leur serviteur. Non. Décidément, ce n’était pas bon tout ça. Heureusement, Phynia semblait être une alliée sur laquelle elle pouvait compter. En espérant que ce soit réellement le cas.
Lorsqu’elle sortit de la salle de bain, la jeune femme s’effondra sur son lit. La tension quittait son corps au fur et à mesure qu’elle s’enfonçait dans le matelas confortable et avant même de s’en rendre compte, Mélusine s’endormit.